Jean-François Dupâquier
Dernier propriétaire du REGIONAL, Jean-François Dupâquier en a conté la naissance, vendredi 11 mars 2011 devant un public très attentif réuni dans la salle Léo Lagrange.
« Un journal c'est une rencontre »
Le premier exemplaire du REGIONAL, paru le 15 mars 1888, est né de la rencontre de l'argent, d'hommes convaincus du bien-fondé de leurs idées et de circonstances favorables.
L'argent vient de la fabrication de métronomes ! Nicolas Paquet, venu de sa Normandie natale, apprend l'horlogerie dans la célèbre maison Paul Garnier. Esprit brillamment inventif, il choisit la fabrication industrielle de métronomes et s'installe au milieu du XIXe siècle, à Beaumont, rue de l'Isle-Adam. Par souci d'autonomie, il va s'équiper d'un alternateur qui lui fournit sa propre électricité et en 1885 se dote d'un atelier d'imprimerie pour exécuter ses notices explicatives. Le grand nombre de jeunes filles de bonnes familles apprenant le piano à cette époque assure la fortune de la maison Paquet.
Nicolas Paquet a deux fils : Emile et Victor. Emile, fera fortune avec la fabrication de bicyclettes tandis que Victor, né en 1853, qui est d'abord un poète, va se lancer dans l'aventure qu'est la naissance et la vie d'un journal local.
Après la guerre de 1870 qui a laissé la ville de Beaumont très appauvrie par le pillage de l'ennemi, Victor a 18 ans. Un patriotisme exacerbé communique aux populations un esprit revanchard et militariste. Le député-maire de Beaumont, Charles-Auguste Vermond est avocat et journaliste à Pontoise. Il poursuit une carrière politique et crée, pour se faire entendre le Républicain de Seine&Oise en 1879. Il se présente aux élections législatives de 1885 sous l'étiquette de républicain radical. C'est un succès. Son manque de pugnacité en fait un opportuniste et son journal dépose le bilan. Une femme de poids, Maria Deraismes, se présente pour reprendre ce journal. C'est une féministe convaincue qui tient salon à Pontoise et invite ses amis engagés dans une politique
républicaine et dans la franc-maçonnerie à ses « parties de thé ». Aucune femme n'est alors admise dans une
loge maçonnique et pourtant elle y fait des conférences et arbitre à la demande des belligérants, un
conflit entre loges rivales.
Maria Deraismes
Il existe à Pontoise deux journaux rivaux: l'Écho pontoisien, tendance droite monarchiste appartenant à la famille Paris et le Progrès de Seine & Oise, républicain, radical et anticlérical. Arrivent à Pontoise des avocats en rébellion qui se groupent et s'y installent en une chambre d'avocats indépendante. Ce sont Jean-Claude Colfavru, Gustave Adolphe Hubbard, Castor Jules Périllier et trois autres avocats. Seuls les premiers briguent la députation. Gustave Hubbard est ami de Victor Paquet et tous se rencontrent autour de Maria Deraismes.
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Jean-Claude Colfavru Gustave Hubbard
Toutes les conditions sont réunies pour qu'un journal puisse naître.
Des élections cantonales ont lieu le 5 février 1888 et le premier exemplaire du Régional qui paraît le mois suivant tire à cinq cents exemplaires et se vend dix centimes le numéro.
Il paraîtra jusqu'en 1914. Repris en 1936 par Joseph Caudet qui refuse de le publier pendant la guerre malgré les injonctions de l'occupant, il renaît en 1945. Jean-François Dupâquier le rachète en 1987 et le cède en 2008 au groupe Ouest-France qui détient aujourd'hui 64 journaux locaux hebdomadaires.
Marie-Camille Svetovidoff