Tour et logis du Valpendant tel qu'ils se présentent en 2012
A la sortie de Presles, à peine caché par une haie d'arbres et perché sur la colline, se trouve le Valpendant.
Avec son donjon du XIIe siècle, cette ancienne ferme fortifiée était un château que possédait Mathieu III comte de Beaumont. Devenue terre royale après la vente du comté, St Louis donne la maison et les terres aux religieux de Royaumont en 1248 avec les pâturages du même terroir pour y nourrir jusqu'à 400 moutons [...] et voulant augmenter encore les revenus de la sus-dite abbaye, nous lui cédons et donnons, à titre de don et d'aumônes perpétuelles, 18 arpents de terre labourable sise aux environs de la dite maison.[1]
En 1304, Pierre de Chambly et sa femme Marguerite en sont les seigneurs et leur neveu, Jean II demande pour son frère Jacques, que le domaine devienne une nouvelle châtellenie au sein du comté de Beaumont.
Au long des siècles le Valpendant change de propriétaire. En 1700, François de Turmenye le possède. Moins de cinquante ans plus tard le prince de Conti l'échange avec François Bergeret. En 1778 il appartient à Etienne Maussion de la Courtaujay qui loue la ferme à Pierre Cousin et le cède la même année à Pierre Perrot, Président de la Chambre des Comptes. La Révolution et ses bouleversements balayent le seigneur du lieu mais en 1801, le vicomte de Prunelle en devient le maître puis en 1827, Jacques de Glos, président de Chambre à la Cour royale qui le vend en 1848 au vicomte de Ruty. L'année précédente, le fermier qui occupait le logis principal emménage à la demande du propriétaire dans de vastes bâtiments y attenant tandis qu'un bail de chasse est concédé à Monsieur Ducrocq, une partie de la somme devant servir à édifier un pavillon de garde-chasse. Depuis 1882, le domaine vendu à Madame Fortin(2) est resté dans la famille.
Aujourd'hui c'est un des membres de la famille Salmon Legagneur, propriétaire du château de Presles qui l'habite, en faisant en même temps le siège d'une société.
Il reste de cette grande propriété, la tour et le logis seigneurial. Le mur fermant la cour intérieure a disparu. De la seconde enceinte fortifiée restent la grange et un bâtiment à droite de l'entrée.
Ce qui frappe dès l'abord c'est la tour. D'une hauteur de 16 m avec une épaisseur des murs d'1,60m jadis percés de meurtrières, elle pouvait, à l'origine, faire fonction de tour de guet. La situation élevée et dégagée du Valpendant le suggère fortement. L'intérieur de la tour, modifié au cours des âges contient un pigeonnier dans sa partie haute.
Le logis seigneurial attenant est du XVIe siècle comme le montrent les fenêtres à meneaux caractéristiques de cette époque.
Des caves situées dans le sous-sol de la laiterie, de construction plus récente, partait un escalier qui débouchant dans une autre cave, s'enfonçait sous les douves. Un des locataires de la ferme affirmait même que son père avait un vacher qui empruntait ce passage pour se rendre à « La Cave », ferme qui existe toujours en contrebas. Ceci est vraisemblable si l'on considère la proximité de carrières de pierres de taille et moellons qu'en 1880 exploita monsieur Desjardins.
La grange, vaste construction de 47 m de long date du XIXe siècle avec ses ouvertures en ogives qui la font prendre pour une chapelle en ruine. Son soubassement par contre est très ancien, il délimitait les douves de la première enceinte.
Aujourd'hui tout est clos mais les champs qui cernent la propriété permettent d'en faire le tour.
Un petit groupe de dames beaumontoises, éprises d'histoire et de grand air s'y sont aventurées . Chemin faisant, la terre grasse et collante s'accumulait sous leurs semelles transformant les chaussures en cothurnes boueux. Impossible de s'en débarrasser ! Grisées par l'air vif, leur fou-rire rendait toute tentative inefficace pour décoller la boue tenace quand après avoir franchi un petit raidillon, de belles touffes d'herbe drue vinrent à point les débarrasser de la charge encombrante. Alors l'une d'elles s'écria : Le Valpendant ...c'est le pied ...boueux évidemment !
Marie-Camille Svetovidoff
[1] Abbé Duclos, Histoire de Royaumont, 1867
2 Actes de vente du 1er avril 1882
Sources : Jean Lahousse, Plaquette du Syndicat d'initiative de Presles
Photos : M.C Svetovidoff