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Vêtement du prêtre au début du XXe siècle
Le vendredi 1er février 1901, avant que soient votées les lois de séparation de l' Eglise et de l'Etat, a lieu dans le canton, un procès à grand retentissement : celui du port de la soutane.
Le citoyen Vogt, maire de Persan, avait pris un arrêté remettant en vigueur les lois de germinal An X et du 27 Nivôse An XIII, autrement dit des lois datant de la période révolutionnaire qui n'avaient pas été abrogées ! Ces lois interdisaient « le port du vêtement à la française ainsi que le port de l'épée », transformées pour la circonstance en interdiction du port de la soutane, du chapeau et du rabat.
Pour aller prendre le train à la gare de Beaumont-Persan, le clergé beaumontois courait des risques.
Le vicaire de Sarcelles, Gustave Meunier, le curé de Champagne, Adolphe Lesot et l'abbé Clovis Gros, en visite auprès du curé-doyen de Beaumont , se virent dresser procès-verbal en allant prendre le train pour regagner leurs paroisses respectives. Ils portaient bien sûr, soutane, chapeau et rabat ce qui donna lieu à contravention !
Un autre jour le curé-doyen de l'église St Laurent accompagné d'Alfred Thibaut, jeune prêtre de vingt-trois ans, arriva au milieu du pont reliant nos deux villes, M. Legge, adjoint au maire de Persan et marchand de ferraille et de peaux de lapins, se trouva sur leur chemin. Sans se départir de son calme, le curé exigea que pour lui dresser contravention, M.Legge allât chercher son écharpe et s'en ceignît. Le jeune prêtre, lui se crut obligé de partir au pas de gymnastique pour éviter la contravention !
C'est tout ce beau monde qui se retrouve sur les bancs de la Justice de paix , à l'Isle-Adam en ce 1er février. Les journalistes sont là ainsi qu'une foule nombreuse qui compte aussi beaucoup de dames dans ses rangs.
Les cinq prêtres poursuivis sont présents et assistés par leur avocat Joseph Ménard.
Après l'exposition des faits par le juge Lucas, le curé de Beaumont prend la parole. Jouant de sa haute taille et de son regard vif, il se dit « heureux dans la circonstance d'être un des porte-drapeaux de la Liberté [.....] Nous nous attendons à tout sans nous étonner de rien, prêts à faire toujours notre devoir» et termine sa phrase sous les applaudissements de la salle !
Mais le juge déclare que les lois en question n'ayant pas été abrogées, que les formes légales ayant été respectées, il ne peut que demander l'application de la loi.
La parole revenant à la défense, Maître Ménard, entame une très longue plaidoirie. Avec verve et causticité, il démontre juridiquement que les édiles de Persan ont commis un abus de pouvoir et se sont mis eux-mêmes, dans une position indéfendable en publiant dans la presse les procès-verbaux accompagnés de propos diffamatoires à l'égard des prêtres poursuivis. Il réclame l'acquittement et la foule applaudit.
Alors le juge avec des « attendu que », des « en vertu de quoi » etc....prononce l'acquittement sans frais des cinq prêtres au grand dam des anticléricaux de Persan.
La foule en délire fait une sortie pleine de chants patriotiques mais ....
« n'allez pas ainsi vous promener sur le pont, le citoyen-maire de Persan voit d'un aussi mauvais œil la glorification du sabre que celle du goupillon et de la soutane et M.Legge vous attend peut-être à l'autre bout du pont. Attention messieurs » !
Prudent conseil qui terminait l'article, écrit par M.Lévy,
journaliste à « La libre Parole ».
Marie-Camille Svetovidoff
Sources : Le Registre de Paroisse de l’église St Laurent