Au pied d'un autel du bas-côté nord de l'église de Beaumont sur Oise, une très ancienne dalle mortuaire constitue la marche d'accès à cette chapelle. Pierre tombale d'une noble dame figurant en manteau d'hermine, son nom nous est inconnu. Seule indication lisible sur la pierre, la date de sa mort : « 1286, le lundi de devant les brandons ». Pour déchiffrer et traduire cette date selon le calendrier d'aujourd'hui, il faut savoir que le dimanche des Brandons était au Moyen-âge le premier dimanche de Carême, qui est dans la religion catholique une période de quarante jours précédant la fête de Pâques.
La religion chrétienne s'est installée dans la France du nord vers le Ve siècle. Codifiée par l'Eglise de Rome, les fêtes religieuses prirent la place des fêtes païennes, c'est-à-dire celles des paysans.
La fin de l'hiver avec l'allongement du jour, la germination des plantes et le renouveau de la nature, donnaient lieu dans ce temps-là, à une fête avec chants de reconnaissance au dieu celtique Grannus . Les jeunes gens ramassaient les branches de bois mort, les entassaient près du village et la nuit tombée y mettaient le feu. Les garçons sautaient au-dessus des flammes pour être purifiés et dans un vacarme infernal toute la population villageoise allumait à ce feu des brandons, allait en procession dans les vergers et tournaient autour des arbres fruitiers pour les passer à la flamme des torches et les rendre fertiles. On courait aussi dans les champs en répandant la cendre des brandons pour les fertiliser. On mettait aussi cette cendre dans les nids des volailles pour avoir beaucoup d'œufs toute l'année .Une fois terminée la cérémonie, on rentrait chez soi manger des beignets et des crêpes.*
Ce dieu Grannus qui en Angleterre et en Alsace, était invoqué sous le nom d'Apollon Grannus, s'appellait Grian en Irlande , ce qui veut dire Soleil et chacun sait qu'Apollon était le dieu du Soleil.
Ces coutumes répandues dans les campagnes ont été beaucoup abandonnées à dater de 1950, néanmoins elles revivent de nos jours dans les provinces du centre de la France.
C'était hier, le premier dimanche de Carême .... Les Brandons d'Issoudun ne suivent plus la tradition !
Marie-Camille Svetovidoff
*F.POMMEROL, dans Bulletin de la société d'anthropologie de Paris, 18 juillet1901, pp 427 à 430