Anne de Montmorency
C'est en 1527, que le seigneur de Montmorency épouse Madeleine de Savoie et reçoit en cadeau de mariage le comté de Beaumont des mains de François 1er.
Élevé au château d'Amboise avec le futur roi, son conseiller depuis son avènement en 1515, Anne de Montmorency approche de la quarantaine. Nommé grand Maître en 1530, il est l'objet d'une disgrâce à la fin du règne de François 1er. Henri II qui a grande confiance en lui, le rappelle et en 1552, le fait Duc et Pair et lui laisse, en réalité le gouvernement de la France. Il combat sur les champs de bataille lors des multiples guerres de religion entre catholiques et ceux que l'on dit « prétendument réformés », les protestants. Lui-même, tenant pour le parti catholique, prêche la modération et la tolérance.
Détenteur d'une immense fortune immobilière, il est aussi gouverneur du Languedoc et perd la vie, à quatre-vingt ans au cours de la bataille de Saint-Denis en novembre 1567. Il laisse une nombreuse descendance faite de cinq fils dont aucun n'a recours à l'état religieux pour s'établir. Trois des cinq filles ont épousé de grands noms de la noblesse française, les deux autres sont les abbesses de couvents importants.
Avec une vie tellement remplie, le Connétable ne se préoccupe du comté de Beaumont que pour en prélever les revenus et ne laisse semble-t-il aucune trace personnelle dans la ville.
La duchesse, sa veuve, a quelques démêles en 1578 avec le prieuré saint Léonor qui s'obstine à prendre du bois sans précaution en forêt de Carnelle.
Le don du comté a été ratifié par Charles IX, fils d'Henri II, en 1564 puis en 1568, aux héritiers d’Anne de Montmorency. Ce qui ne gêne nullement Henri III qui fait entrer le comté de Beaumont dans l'apanage de son frère François d'Alençon. Celui-ci le racheta à la duchesse de Montmorency pour 24 000 écus.
Pressé par ses besoins d'argent, le nouveau comte, François d’Alençon, le loue à Pierre Clausse, sieur de Marchaumont mais promet de vendre les terres plus tard au seigneur de Liancourt. Quand il envisage cette nouvelle transaction, en janvier 1623 moyennant plus de 117 000 Livres, le seigneur de Liancourt est mort depuis quatre ans ! Sa veuve, Antoinette de Pons, marquise de Guercheville et dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche, en devient héritière.
Antoinette de Pons
Le roi Louis XIII est monté sur le trône de France après l'épisode de la régence de Marie de Médecis qui a suivi la mort d'Henri IV.
Antoinette de Pons qui a épousé en 1594, Charles du Plessys seigneur de Liancourt, gouverneur de Paris et de l'Ile-de-France dont elle est veuve depuis 1620, est une beauté sage et vertueuse qui inspira une vive passion au grand séducteur qu'était Henri IV !
Son fils Charles, duc de la Roche-Guyon hérite du comté à sa mort et la fait inhumer avec son mari, dans l'église de Liancourt. Ce nouveau seigneur, prodigue et dispendieux, s'intéresse davantage à sa demeure parisienne du quartier Saint Germain qu'à ses terres beaumontoises. Étroitement mêlé aux controverses jansénistes, il a le soutien de Blaise Pascal qui écrit pour lui Les Provinciales et La Rochefoucauld, son neveu se moque de lui, disant « Il dépense tout son bien en médecine et il est toujours malade, en conseils de gens d'affaires et il a toujours des procès qu'il perd, en bonnes œuvres et on lui refuse l'absolution à sa paroisse ».
Maréchal Philippe de la Motte-Hondancourt
En 1642 le comté est vendu pour 193 000 Livres. Le maréchal de la Motte-Hondancourt, bénéficie d'un arrêt du Conseil du Roi, le 13 mars 1643 enjoignant de le laisser « jouir pleinement et paisiblement de la faculté de nommer aux offices tant ordinaires.
qu'extraordinaires du domaine et comté de Beaumont-sur-Oise ». Pendant cinquante ans
il règne sur ses terres en étant consulté par les notables qui sollicitent sa permission en toute choses et bénéficiant des revenus du domaine sans laisser aucune trace de son passage.
Sa veuve, Louise de Prye se sépare du comté en 1705 au profit de François-Louis de Bourbon, Prince de Conti moyennant 254 000 Livres.
Le fils de celui-ci, Louis Armand en hérite à sa mort en 1709, devenant également seigneur de l'Isle-Adam où il enferme son épouse, Louise-Élisabeth de Bourbon Condé, avec laquelle il ne s'entendait pas mais dont il eut de nombreux enfants et c'est l'aîné, Louis-François qui devient Comte de Beaumont à sa mort en 1727.
Louis-Armand de Bourbon-Conti (1695-1727)
Louis François épouse en 1732 Mademoiselle de Chartres, la plus jeune des filles du Régent.
Après s'être distingué sur les champs de bataille, il se fixe à l'Isle-Adam. Il en fait un lieu de chasse réputé où se réunit la noblesse qu'il accueille dans son château pour de somptueuses fêtes. Nous sommes à l'époque de Louis XV, pleine de licences et de légèreté.
Louis François de Conti (1717-1776)
Au cours d'une réception en l'honneur du prince de Brunswick-Lunebourg, un jeune virtuose, nommé Mozart, se met au piano et fait une très forte impression sur tous les invités. A dater de ce jour son portrait figura en bonne place dans la galerie du château de l'Isle-Adam.
Le nouveau comte de Beaumont agrandit ses domaines en achetant les terres de Stors, Villiers-Adam d'une part et celles de Nointel, Presles, Courcelles et Mours.
Ses possessions sont immenses mais ses dettes sont énormes.
Se sentant bien fatigué en juin 1776, il regagne Paris où il meurt le 2 août, refusant les derniers sacrements, audace étonnante de la part d'un grand seigneur de ce temps.
Le clergé n'osa pourtant lui refuser une sépulture chrétienne.
Il repose depuis dans la chapelle St-François, voulue par son fils dans le transept Nord de l'église de l'Isle-Adam.
Louis -François-Joseph, son fils unique, plus connu sous le nom de comte de la Marche, a quarante ans lorsqu'il lui succède. Il a derrière lui des années de service sur les champs de bataille. Après la désastreuse « guerre de sept ans », il épouse Marie-Fortunée d'Este, fille du duc de Modane.
Le nouveau comte de Beaumont est des plus dépensiers. Il achète de nouvelles terres, fait construire des écuries. Tant et si bien qu'il croule sous les dettes et doit vendre ses biens. Il fait appel au Roi Louis XVI qui s'empresse de faire racheter le comté par son frère, le comte de Provence, futur Louis XVIII, en 1783. Ce domaine doit rester propriété du Roi à titre privé, sans être joint au royaume de France et son frère en a l'usufruit.
Les armes des princes de Bourbon-Conti disparaissent de l'église Saint-Laurent, remplacées sur la chaire par celles du Roi. Pour peu de temps !
C'est ainsi qu'en 1789, le comte de Provence est député de la Noblesse et se fait représenter par le grand Bailli de la ville.
Le 4 août 1789, toutes les juridictions seigneuriales sont abolies, les apanages supprimés le 17 août 1790, la royauté supprimée le 21 septembre 1792.
Le comté de Beaumont avait vécu.
Marie-Camille Svetovidoff
Sources : Paul Bisson de Barthélémy, Histoire de Beaumont sur Oise, 1958